Samedi 26 avril 2025
Départ à l'africaine !
Dans la grande maison de Marrakech, point de ralliement du groupe, tout le monde est prêt pour le départ annoncé à 8h30 !
Les 2 minibus touristiques modernes qui doivent embarquer le groupe sont à l’heure. Les nombreux sacs et matériels de camping pour la plupart à l’effigie de la célèbre marque D. commencent à être chargés.
Ma place au milieu de tout cela ? Mon état d’esprit ? Je ne réfléchis pas trop… du moins j’essaie… de ne pas « comparer » à ce que nous faisions… de ne pas trop glisser vers le passé. C’est sûr, on fuyait les minibus climatisés, l’organisation huilée, le tourisme en groupe. Indépendants, un peu sauvages, on préférait les taxis authentiques même si bien souvent synonymes de pannes ou d’imprévus… on aimait le goût brut de l’aventure même si ces dernières années nous nous étions orienté vers plus de confort avec des locations de voiture quelques fois.
Le groupe sera nombreux cette année. 22 ! Il y a un noyau central dont Céline fait partie… le cœur du groupe… qui se connaît depuis la première édition en 2011 organisé par Dominique ce petit bout de femme sportive, dynamique et rayonnante. Oui, ils sont nombreux les habitués… et puis il y a nous, les quelques nouveaux… on se repère vite.
Entre 2 échanges de banalités, j’observe le chargement. Il ne me faut pas très longtemps pour repérer l’énorme tâche d’huile qui est en train de se former au sol sous le moteur du deuxième minibus… un gros goutte-à-goutte lent, lourd, visqueux… oh-oh !!! Ce n’est pas bon !
[CONFIDENCES]
Trois mois… Je viens de passer presque 3 mois à trier, faire des tas, nettoyer, référencer toutes les pièces mécaniques de notre garage afin de pouvoir le rendre… Trois mois les mains dans le cambouis, les bras meurtris, le cœur à nu. Et voilà qu’une simple flaque d’huile me replonge dans ce monde que j’espérais avoir mis derrière moi pour quelque temps.
J’ai eu une semaine de répit, entre la dernière caisse rangée et le départ pour ce trek. Une semaine pour passer de la mécanique à la montagne. Et me voilà, à nouveau, les yeux rivés sous un véhicule en panne, la tête qui se remplie de douloureux souvenirs liés à notre garage, à nos vieux véhicules.
Olala ! Si tu était là, tu aurais été mettre ton nez dans le moteur et apporté ton aide.
La tâche a été repéré par les chauffeurs. Ils sont maintenant 3 à s’affairer autour du capot et sous le moteur. 30 minutes après, à 9h l’huile fuit encore. Vont-ils changer de bus ? Il faudrait ! Je ne suis pas rassurée de devoir prendre un véhicule qui perd de l’huile surtout sur les routes escarpées des montagnes du Haut-Atlas marocain ! Deux personnes reviennent avec un filtre à huile.
Tu es là !
Je ne l’ai pas compris tout de suite. Et pourtant…
Ce faux-départ… c’est un clin deuil. Un de ces messages que l’on ne voit qu’avec le cœur. Tout est là ! Tous ces signes qui me ramènent à toi, à nous ! :
* nos voyages en Afrique en taxi-brousse et nos nombreuses pannes ou faux-départs,
* notre fameuse devise « le voyage en Afrique, tu ne sais pas quand tu arrives, mais tu ne sais pas non plus quand tu pars ! » Je t’entends presque la chanter en rigolant
* le mécano en tatane allongé sous le véhicule… on dirait toi sous les combi vw dans notre garage !
Merci… Merci pour ce clin d’œil. tu me montre que même un minibus moderne peut tomber en panne… c’est la magie de l’Afrique, c’est la magie du voyage !
Je sais que c’est ta façon de me souffler et me rappeler que tu feras le voyage avec moi…
Après ce faux-départ digne d’un voyage africain, nous pouvons grimper.
« Yalla !!! »… C’est le cri de rassemblement du groupe ! L’ambiance est belle… légère. Vivre l’instant présent ! Mon nouveau mantra. On verra où tout cela me mène. J’ai appris ces derniers mois que tout peut s’arrêter du jour au lendemain alors laissons nous porter par le présent.
Il doit être 9h30-10h.
Céline qui m’a entraîné dans cette aventure me laisse la place côté vitre… idéale pour observer le paysage qui défile et capturer des moments futiles du voyage. Elle sait que je vais faire des photos. Quelle belle attention.
En route ! A l’Est toute ! Direction les montagnes du Haut-Atlas !
Sur la route... à travers la vitre
Je n’ai aucune idée du déroulé de notre journée. Je ne sais ni où, ni quand, ni comment nous marcherons aujourd’hui avant de rejoindre notre premier campement. Je n’ai rien eu besoin de préparer, tout est organisé par l’association. Et c’est parfait comme ça ! Lâcher-prise. Se laisser porter. C’est très appréciable aussi !
Route Nationale 9… de Marrakech à Ouarzazate en passant par le col Tizi n’Tichka, un des plus hauts cols routiers du Maroc, à 2 260 m
La route et ses paysages
Sortis de Marrakech, la ville s’estompe vite derrière nous. Apparition de collines verdoyantes. Les reliefs prennent forme, la route s’élève, le paysage devient plus minéral. Face à nous, l’Atlas se dresse.
Il y a plus de 15 ans, nous avions emprunté cet itinéraire dans un vieux car local. J’avais souvenir de petites routes de montagnes chaotiques, tortueuses, dangereuses mais aujourd’hui, la route est large, lisse… toute neuve. Elle a été entièrement rénovée entre 2017 et 2022 ce qui explique son bon état. Mais cela n’enlève rien à la beauté brute des paysages qui nous entoure. La route reste vertigineuse et offre des vues magnifiques sur les reliefs de l’Atlas et ses villages berbères en terre.
À travers le pare-brise, les lacets s’enroulent autour des flancs arides du Haut-Atlas. Nous grimpons vers le col Tizi n’Tichka, perché à plus de 2 260 mètres.
Les montagnes nues, tantôt ocre, tantôt gris cendré, s’ouvrent devant nous. Les ombres sont franches, les crêtes acérées.
La surprise du jour : les collines, les vallées, les pentes minérales recouvertes de végétation, de fleurs et de couleurs ! Les pluies de ce début d’année ont réveillé les versants, comme un miracle vert dans ce monde d’ocre, comme un miracle végétal dans ce monde minéral.
Dans le bus, même les locaux sont surpris de voir leur Atlas tapissé de verdure.
L’animation
Je ne me lasse pas de ces petits moments de vie qui se figent l’espace d’un instant à notre passage dans les villages ou les petites villes…
* une main tendant un billet à l’arrière d’un vieux pick-up rempli de caisse de tomates,
* les hommes marchant ou traversant lentement la route en djellaba comme dans un décor de film,
* les enfants nous saluant d’un grand geste enthousiaste…
A travers la vitre du minibus, je retrouve cette Afrique colorée, vivante et grouillante que j’aime tant…
* la vie en bord de route,
* les carcasses suspendues aux devantures des boucheries… choquant les touristes en mal d’hygiène,
* les gargotes alléchantes, à l’odeur et à l’œil, avec tajines ou brochettes cuisant à ciel ouvert sur les barbecues au charbon de bois dégageant d’épaisses fumées blanches
* les minuscules et étroites boutiques et commerces où s’enchevêtre et s’enchevauche tout ce qui est possible de trouver…. des beignets, des pains marocains, du papiers hygiéniques, des bonbons, des packs d’eau ou de coca, des brosses à dents, des tas de babioles… qui s’empilent comme dans un badaboum géant
.. tout ça défile sous mes yeux.
Et sur la route, les transports ou taxi-brousse bien chargés existent toujours pour mon plus grand plaisir.
J’aime ce Maroc-là comme celui des grands espaces naturels où les bergers surveillent scrupuleusement leur troupeau.
J’aime aussi celui des petits villages ocres faits de pisé où les maisons, les kasbahs, les minarets couleur poussière semblent naître de la terre.
Je suis impatiente, curieuse… et inquiète en même temps. Je n’ai jamais fait de trek. Encore moins en groupe. J’ai peur de ne pas suivre. De ne pas pouvoir photographier à mon rythme. J’ai peur d’avoir froid. Céline m’a confié que l’an dernier, les températures étaient descendues à -7°C ! Que les guides avaient eu la gentillesse de leur trouver des couvertures qui avaient été salvatrices!Mais si les nuits sont glacées… tant pis. Je survivrai. J’ai retrouvé dans le rangement du garage nos duvets qui datent de notre premier voyage à Madagascar en 2001 et qui descendent à -10 ! Je suis donc bien équipée ! Et j’ai glissé notre couverture en polaire ramenée de Oman !
« Dans quoi tu m’as embarquée, Céline ? »
Mais je t’en suis reconnaissante.
Et toi, Fab… je crois que tu serais fier de moi.
Et si je ne peux pas faire toutes les photos que je voudrais — parce que le groupe avance, parce que je ne peux pas m’arrêter à chaque beauté — alors je me programmerai des séances photos en Nature de retour à la maison.
Ce trek est un défi que je me suis lancée ! Celui de sortir de ma « zone de confort » même si j’avoue que cette zone de confort a complètement explosée ces derniers mois et n’existe plus. C’est finalement peut-être le contraire… je vais tenter de retrouver dans ce trek un peu de repère de ma vie d’avant ! Marcher dans la Nature, Photographier, Partager. Vivre un peu.
La pause café… ces moments privilégiés du voyage
11h30. Puis vient ce moment que j’aime tant dans les voyages en « taxi-brousse » même si ici c’est un minibus touristique ! Les pauses ! Et notamment la pause café… ou la pause thé à la menthe !
Cette petite halte à mi-chemin entre Marrakech et Ouarzazate un peu avant le Col du Tichka est la bienvenue.
Parmi les nombreux restaurant de bords de route, le groupe rejoint l’immense bâtisse qui accueille l’« Argane Tichka Shop & Restaurant ».
La route est belle mais aussi très fréquentée. Et les petits stands artisanaux de bord de route où peuvent se mélanger vieilles ammonites, chameaux en cuir brodé « Maroc », tapis berbères, bijoux traditionnels ou poteries locales, attestent du côté très touristique de cette région.
LE COL de Tichka
12h. Nous reprenons la route.
Passage au col de Tini n’Tichka qui signifie « Col des pâturages » en berbère. Et très vite le chauffeur fait un court arrêt au belvédère qui surplombe une gorge spectaculaire offrant un point de vue sublime et plongeant sur les terrasses verdoyantes et le village en contrebas de Imouzzer Tichka.
Ce village de terre rouge tout en longueur est typique de l’architecture en pisé des montagnes. C’est un lieu habité avec une agriculture de subsistance (terrasses, figuiers, orge…).
J’adore ces dégradés d’ocre et de vert, ce mélange de Terre et de végétal et ces formes géométriques qui me touchent en plein cœur.
Cette première matinée est déjà pleine de surprises et de couleurs !
Passage à Ouarzazate et sa région : souvenirs douloureux, nostalgie énergétique et pause dej' dans la joie
13h30. Après environ 200 kilomètres de route et 4 heures de bus, nous approchons de Ouarzazate.
30 kilomètres avant, la pancarte indiquant « Aït Ben Haddou » commence à faire remonter des souvenirs…
Plus loin, sur la route… plate, monotone… surgit un point lumineux éblouissant… c’est le complexe solaire de Noor. Ce serait le plus grand au monde ! Il n’existait pas en 2007 lors de notre passage. Projet qui est sorti de terre en 2016. Mer de miroirs qui surgit là comme un rappel, un fil tendu entre passé et présent qui vient réveiller en moi tout un pan de mémoire et me ramène 15 ans en arrière… en 2007-2008 avec notre traversée africaine à la rencontre des acteurs énergétiques africains.
Plongée dans le passé – Énergies africaines – Hommage au Maroc et aux marocain – RISEAL
En 2007-2008, lors de notre longue traversée du continent africain, nous étions partis à la rencontre des acteurs de l’énergie…. des faiseurs d’espoirs, des porteurs de solutions locales & de rêves durables. Du Maroc à Madagascar en passant par l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et l’Afrique australe. 17 pays traversés. Le Maroc nous avait profondément marqué et fasciné en terme de développement énergique. Noor ne me surprend donc pas du tout !
Entre 1994 et 2007, le Maroc avait accompli un exploit : celui de passer de 12 à 90 % d’électrification, notamment grâce à une politique énergétique ambitieuse d’accès à l’électricité en zone rurale. Le plus difficile. Le plus coûteux. Et c’est à l’aide de kits solaires photovoltaïques que le Maroc avait réussi a amené un minimum d’électricité dans les campagnes les plus reculées du Maroc.
Ce n’était pas grand-chose pour nous… une ampoule. Et pourtant : c’était la possibilité pour un enfant d’étudier après le coucher du soleil, pour une famille de se retrouver autour d’un halo de lumière. Plusieurs petits kits étaient proposés. Le plus puissants pouvaient permettre de brancher une télé ou un frigo.
Ces kits étaient proposés comme des micro-investissements, loin de l’assistanat habituel. Un modèle plus digne, plus respectueux, plus durable qui fonctionnait. Nous avions suivi Karim de Temasol qui nous avait emmené avec lui dans sa tournée de villages ruraux très reculés où les jours de marchés on venait payer l’énergie.
Et puis au Maroc il y avait ces professeurs qui avaient mis en place un hammam solaire… à Tinjad… ce n’est pas loin d’ici d’ailleurs, Mr Belaoui ce petit bonhomme qui nous avait accueilli en plein XXXX , à Rabat ces chercheurs qui travaillaient depuis déjà plusieurs années sur la déssalinisaton pour l’eau potable…. et tellement d’autres rencontres et belles énergies.
À l’entrée de Ouarzazate, nous passons devant les célèbres studios de cinéma Atlas. Le désert y a prêté son décor à mille histoires : Lawrence d’Arabie, Gladiator, Babel, et tant d’autres.
[CONFIDENCE]
Passage par Ouarzazate – Souvenirs qui s’imposent
Défilé sous mes yeux d’endroits où nous avions été ensemble.
Virage, bâtiment, terrasse de café me ramènent à ce voyage en 2007.
Nous étions passés ici, insouciants et curieux.
Aujourd’hui, le décor est le même, mais l’émotion, elle, me submerge.
Il y a des souvenirs qui dorment paisiblement tant qu’on ne les dérange pas. Et puis il y a ceux qu’un simple alignement de lumière ou une odeur de poussière suffit à réveiller.
Ce ne sont pas les larmes qui montent, c’est juste… une absence tellement présence. Silencieuse. Intime. Persistante.
Plongée dans le temps. Ouarzazate avril 2007










Pause déj’ au restaurant « El Bahja »
13h45. Ouarzazate. Nous faisons halte dans un petit restaurant sans prétention, niché au bord de la route : El Bahja. En arabe, Bahja signifie la joie, le bonheur. C’est de bon présage alors. Et cela me ramène au moment présent et en 2025.
La façade est modeste, ouverte sur la rue par des arcade. A l’intérieur, règne une chaleur simple, conviviale. Des nappes plastifiées, des chaises dépareillées, des murs peints à la chaux blanche. Rien d’exceptionnel, et pourtant, l’atmosphère y est réconfortante.
Nous retrouvons Leïla et Sami, un couple montpelliérain. Le groupe Djebelya 2025 est désormais au complet et constitue une belle tablée animée sur la terrasse extérieure.
Les plats arrivent vite. Entrées à partager sont déposées au centre de la table :
— Salade de tomates fraîches, parfumées au cumin et au persil haché
— Lentilles tièdes, doucement relevées, fondantes
— Pois chiches citronnés, à l’huile d’olive
— Olives noires et vertes, charnues, légèrement pimentées
Puis viennent les plats chauds :
— Brochettes d’agneau, tendres et juteuses, servies sur un lit de frites maison
— Tajines de poulet au citron confit et olives, mijotés jusqu’à la moelle
— Viandes grillées, marinées à l’ail, coriandre et paprika
Le pain local accompagne généreusement le tout.
A table, l’ambiance est rieuse, animée par les échanges entre nouveaux compagnons de voyage.
Des familles marocaines, quelques routards, des habitués complètent l’atmosphère. On sent que le lieu a ses fidèles. La cuisine est sans détour, mais savoureuse, généreuse, sincère… à l’image de l’hospitalité marocaine.
Route entre Ouarzazate et Kelaat M'Gouna
15h. Nous reprenons la route. Cap à l’Est.
Le ciel s’élargit au-dessus de la plaine, et l’horizon s’ouvre en silence.
Ici, les paysages s’aplanissent peu à peu. Après le col du Tichka, sinueux et végétal, et les terres ocre de Ouarzazate, nous glissons maintenant dans un décor plus désertique, plus nu. La végétation se fait rare. Quelques acacias, de maigres buissons, quelques villages en pisé aux teintes sablonneuses collés au relief. La route s’étire comme un ruban sur un plateau.
Nous ne sommes pas encore dans le désert, mais l’Atlas cède doucement la place aux premières promesses du Sud.
Très vite à travers le pare-brise — nouvelle surprise !!! Viennent se dessiner de douces courbures, de douces cimes montagneuses toutes blanches.
Dans notre petit bus où se trouve bon nombre d’habitués de la Djebelya, les discussions vont bon train et les souvenirs sont ravivés à la vue de ces reliefs. « Regardez… c’est le M’Goun enneigé !».
Le massif du M’Goun se dévoile sous les nuages clairs. Il semble flotter. Les plus hauts sommets encore saupoudrés de neige tranchent avec la sécheresse de la plaine.
Les discussions s’animent… les habitués de la Djebelya échangent anecdotes et souvenirs. Le groupe l’a arpenté et ascensionné il y a quelques années… ça avait l’air d’être un gros défi ! Avec ses 4 071 mètres d’altitude, il constitue le troisième plus haut sommet du Maroc après le Djebel Toubkal (4 167 m) (plus connu) et le Djebel Ouanoukrim (4 089 m).
Lahcen, qui sera notre guide cette année, assis à l’avant, se retourne et précise :
— Certains randonneurs ont été bloqués là-haut récemment… la neige est tombée tard cette année.
On se regarde. Il fait chaud dans le bus. Mais là-bas, à moins de deux heures de route, l’hiver veille encore sur les crêtes.
[16h30-17h30]. Escale dans une petite oasis à Kelaat M'Gouna
Peu avant l’arrivée au campement, nous faisons une halte d’un peu plus d’une heure dans une oasis à l’entrée de Kelaat M’Gouna, la capitale de la rose de Damas.
Changement radical d’univers. Après les terres arides et les montagnes dénuées de végétation, c’est un jaillissement de vert, de vie, de parfum que nous découvrons.
Nous nous enfouissons dans un entrelacs de sentiers bordés de terre battue longeant un canal d’eau. Tout est là, dans une harmonie sensorielle et visuelle : l’eau, les ombres fraîches, les jeunes pousses de blé, les coquelicots qui viennent se mélanger aux céréales et cette odeur… cette odeur incroyable… douce, légère, enveloppante. Celle de la rose de Damas, bien sûr — celle qui m’a fait venir ici. La vallée l’a célèbre en mai, et à ma plus grande surprise en cette fin avril les rosiers qui bordent les canaux et les parcelles sont en boutons et certains déjà épanouis en belle fleur rose. C’est vraiment le début de floraison.
Nous nous perdons un peu à la queue leuleu au milieu de ces parcelles. C’est surprenant ! C’est tellement vert !
On ne se lasse pas. Mais la visite, ou plutôt traversée est déjà terminée.
Nous avançons en file indienne, le long d’un canal d’irrigation. L’eau n’est pas limpide mais jaunâtre couleur terre. Les conversations viennent masquer les bruits nous entourant.
Si ces paysages et ces odeurs peuvent égayer mes sens… je suis pourtant un peu ailleurs.
En décalage.
Un œil dans la beauté, l’autre dans ce qui manque.
Nous en avons suivi des canaux d’irrigation, des falaj, des levadas…toi et moi… à Madère, à Oman, en Tunisie… on adorait longer l’eau et se perdre dans ces parcelles labyrinthiques au contact direct avec la nature, fascinés par ce que l’homme a pu construire de ses mains.
Je nous revois, toi et moi, dans un autre espace-temps.
Je m’imagine si nous n’étions que toi et moi.
On serait restés des heures, là.
À traîner, à s’attarder dans les recoins, à se perdre volontairement dans ces dédales de parcelles. Tu aurais fais la trace… moi papillonnant derrière pour faire des photos, le cœur léger.
On aurait pris notre temps.
On aurait ri.
On se serait laissé happer.
Mais là, je suis en groupe.
Et le groupe avance.
Pas le temps de m’arrêter, de m’attarder. Je regarde à droite, à gauche, l’œil attiré par tant de beauté, frustrée de devoir tout emmagasiner trop vite, sans pouvoir le capter.
Le canal coule à mes côtés comme un fil de mémoire.
Ce paysage me parle. Il me parle de toi, de nous.
Et de ce que je continue seule.
Je reviens au présent.
Je vais accepter pour le bien de tout le monde que tout sera désormais différent. Et profiter des gens. Ne pas avoir de regret. La vie est trop courte.
Premier campement. Première soirée
18h15. Le minibus nous dépose au milieu de rien, au niveau d’un oued asséché. Sur la carte je nous situe aux 2/3 de la route entre Aït Youl et Ait Ishaq.
À peine un quart d’heure de marche, au creux d’un large lit de rivière asséchée parsemé de pierriers… et nous voilà au campement. Autour de nous, rien que les montagnes. Silence. Minéralité. Une grande tente berbère carrée a déjà été montée dans ce décor naturel de toute beauté !
[18h30-20h]. Logistique et toilette
Bon et bien c’est parti. On récupère nos sacs. C’est très confortable de ne pas avoir à marcher avec. Aujourd’hui c’est le minibus qui les a transporté, après ce seront les mules qui prendront le relais. Il y a une petite équipe qui s’occupe de la logistique. L’association a pris des locaux originaires de la vallée voisine de Aït Bougmez qui se traduit joliment par « la vallée heureuse ».
Instruction numéro un, glissée par mon amie Céline : ne pas planter sa tente à côté des ronfleurs !
Je m’éloigne un peu. Parfait ici ! Mon emplacement sera ouvert face aux montagnes en suivant le petit conseil donné de mettre l’ouverture du même côté que celle de la grande tente commune.
Avant de commencer le montage de tente, on nous sert le thé de bienvenue. C’est le grand luxe !
Ma tente a encore l’étiquette. Je l’ai reçue quelques jours avant le départ. Je vais la déballer en condition réelle. Je me met dans ma bulle comme tout à chacun. C’était toi qui gérait ça les autres fois… je n’étais que ton assistante ou pire parfois je t’abandonnais pour aller faire des photos !
C’est assez simple finalement.
Le temps de m’installer, il me faut bien 2 heures. C’est une catastrophe. J’en ai mis de partout ! J’avais bien rangé ! Mes voisines de chambre 5 étoiles sont 2 sœurs. L’une d’entre elle a perdue son mari il y a peu. Il y a un peu comme du réconfort à trouver quelqu’un qui peut comprendre.
Chacun son rythme. Certain ont déjà fini la toilette. Des petites bassines sont à disposition avec de l’eau. Céline me confie que les années précédentes il n’y avait pas ce luxe.
[20h-23h] apéro, tajine et 1er round de l’histoire du soir par Lahcen
Au bout de deux heures, à peine ai-je fini mon bazar qu’un cri du cœur retentit de la tente commune « Apéroooooo ». Et ça c’est universel. La nuit commence à tomber. Cette première soirée est une belle soirée. Dans l’équipe des anciens, chacun semble reprendre sa place… le barman, Jean-Louis et Ahmid nous beaux raconteurs de blagues et viendra plus tard dans le séjour Leila et Céline. Et c’est Mohamed 1 qui deviendra le serveur officiel du service du thé,
Lahcen nous rejoint vers 21h30 pour le repas… mention « On valide »
Lahcen, prend la parole pour nous raconter un peu sa vie en tant que berbère. Il nous fera des confidences sur son premier mariage… il ira dans les détails… chacune des soirées du séjour.
Impressionnant de se mettre à nu ! Il se veut être un témoin. Il nous avait confié dans le minibus qu’il était en train d’écrire un livre pour raconter son histoire. Ce Lahcen n’est pas commun ! Et nous attendrons demain soir pour avoir la suite de l’histoire
Là il est l’heure d’aller se coucher. Les instructions nous sont données pour la journée du lendemain. P’tit déj demain à partir de 8h. Départ à 9h. Les habitués trouvent que c’est un peu tard. Moi ça me va bien surtout que je ne sais pas combien de temps il me faudra pour tout replier !
Lahcen donne le dénivelé et les temps de marche !
Et il ne manque pas les kilomètres ? Et c’est là où tous les yeux se tournent vers moi. Je comprends qu’en trek on ne parle qu’avec 2 termes : le dénivelé et le temps… ça ne me permets pas de comprendre la « difficulté » que sera l’étape. Dans nos randonnées, ce sont les kilomètres associé au temps qui indique la difficulté . Mais là je ne vais pas trop la ramener… je suis toute seule contre tous !
Thé de bienvenue
ⴰⵟⵍⴰⵚ ⴰⵎⵇⵇⵔⴰⵏ
Adrar Ndern
Le tifinagh (en néo-tifinagh : ⵜⵉⴼⵉⵏⴰⵖ ; en tifinagh traditionnel : ⵜⴼⵏⵗ ; en alphabet berbère latin : tifinaɣ) est l’écriture utilisée par les Berbères pour écrire leur langue, le tamazight.
Depuis le XXe siècle, l’écrit berbère utilise surtout le support de l’alphabet latin (avec diverses adaptations) ou celui de l’alphabet arabe (en particulier au Maroc). A partir de 2003, le Maroc a fait le choix d’un alphabet néo-tifinagh comme système graphique « officiel » pour le berbère.
LE HAUT-ATLAS
toit de l’Afrique du Nord ou Toit du Maroc
Description :
Cette chaîne montagneuse marocaine orientée sud-ouest/nord-est compose avec le Moyen Atlas et l’Anti-Atlas le massif de l’Atlas.
C’est le massif le plus élevé d’Afrique du Nord. Son point culminant est le Djebel Toubkal à 4167 m.
Il forme une immense barrière d’environ 750 kilomètres de longueur qui délimite le Maroc saharien du Maroc atlantique et méditerranéen.
Les berbères sont ses principaux habitants.
Son nom amazigh (berbère), Adrar Ndern, signifie la « montagne qui mugit », la « montagne qui gronde »
Pourquoi l’un des massif montagneux les plus imposants au monde porte t-il le nom d’Atlas ? Pourquoi se dresse t-il précisément au Maroc ? Quel message son nom porte t-il ? Et si les réponses se trouvaient dans l’origine même du nom Atlas ?
ATLAS, QU’ES-TU ?
Géographie : l’Atlas est une cordillère d’Afrique du Nord, culminant à 4 167 mètres au djebel Toubkal, au Maroc qui s’étend sur 2 500 kilomètres de long du Maroc à la Tunisie en passant par le Nord de l’Algérie. Il forme une barrière entre la mer Méditerranée et le Sahara
Mythologie : Atlas est le nom d’une divinité issue de la mythologie grecque. Selon le mythe grec, le Titan (géant) Atlas est condamné par Zeus à supporter sur ses épaules la voûte céleste. Les montagnes portent ainsi son nom, car c’est en ces lieux qu’il était supposé avoir réalisé son exploit, près du jardin des Hespérides, à l’extrémité occidentale du monde connu. Ce sont ces montagnes qui ont valu son nom à l’océan Atlantique, parce qu’il est situé au-delà de la chaîne de l’Atlas.
Atlas/Antée, autrefois personnage détenant les clés du paradis et de l’enfer, livrant bataille mortelle à quiconque pénétrant dans son royaume, se transmute en un mystérieux massif montagneux, livrant la même bataille, mais dans l’actuel espace-temps où l’adversaire n’est autre que Soi. Cet Atlas intérieur qu’il nous est donné de gravir au travers d’un dépassement à la fois mental et physique, dans l’espoir de réveiller cette force qui somnole, depuis si longtemps, en chacun de nous.
A l’origine du Monde / Lien avec l’Atlantide
Outre le massif d’Atlas, certains lieux légendaires de la mythologie sont depuis longtemps localisés au Maroc, tels le fameux Jardin des Hespérides (entre l’actuels Tanger et Larache) ou encore l’Atlantide (souvent assimilée à Atlas), une cité antique d’une puissance inégalée, décrite avec précision par Platon dans Timée et Critias. Et si l’Atlantide était sous nos pieds ? C’est la question que pose Mark Adams, chercheur et auteur américain, dans son livre « Meet me in Atlantis » sorti en 2015. En s’appuyant sur les résultats d’un programme informatique mis en place par l’allemand Michael Hubner, l’auteur, et bien d’autres avant lui, localise l’Atlantide dans la plaine du Souss, près d’Agadir. Une thèse d’autant plus intéressante lorsque reliée à la récente découverte du plus ancien fossile humain à Jebel Irhoud, dans la région de Safi, plaçant désormais le Maroc comme berceau de l’humanité.
الاطلس الكبير